Mise en dépôt de cinq marginalia et d'une gravure de Félicien Rops et Armand Rassenfosse
mercredi 07 octobre 2026
Depuis sa création en 1988, l’asbl Les Amis du musée Rops joue un rôle essentiel dans l’enrichissement des collections du musée Félicien Rops. Par son engagement, elle contribue à rendre possible l’acquisition d’œuvres qui, sans elle, auraient parfois pu échapper aux collections publiques. Or, chaque nouvelle acquisition vient écrire une nouvelle page de l’histoire du musée. Qu’il s’agisse d’une œuvre rare, d’un document inédit ou d’une pièce venant compléter un ensemble déjà conservé, son entrée dans les collections ouvre de nouvelles perspectives de recherche, de conservation et de médiation.
Ces derniers mois, ce ne sont pas moins de six œuvres d’exception qui ont pu rejoindre les collections du musée grâce au soutien de ses membres et bienfaiteurs.
Parmi elles, cinq marginalia provenant de la plus grande collection privée d’œuvres de Félicien Rops du 20e siècle, celle du Belge Carlo de Poortere (anciennement collections Maurice Pereire, puis Jacques Odry), conservée en grande partie au musée grâce à plusieurs acquisitions réalisées par la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Fondation Roi Baudouin et la Province de Namur depuis 1999.
La pratique de la marginalia constitue l’une des facettes les plus originales du travail de Félicien Rops. L’artiste belge avait en effet coutume d’enrichir ses gravures de dessins originaux ou de textes manuscrits inscrits dans leurs marges, les rendant ainsi uniques et augmentant leur valeur. Par la qualité d’exécution des dessins et par le nombre d’œuvres concernées – plus de 200 sont aujourd’hui répertoriées –, ces gravures rehaussées de dessins et/ou de textes en marge apparaissent comme une véritable singularité dans l’œuvre de Rops, mais aussi comme une pratique exceptionnelle dans la gravure du 19e siècle.
Érotisme, darwinisme, représentations des sexualités et des identités de genre, référence à la mythologie grecque et à la littérature anglaise et française, anticléricalisme, provocation et modernité sont autant de thématiques abordées par l’artiste dans ces cinq nouvelles gravures enrichies de croquis divers et variés. Aux côtés de Sainte-Thérèse, Le Vélocipède et Transformisme n°2, citons notamment Sapho avec le dessin Luther au cimetière de Wittenbach en marge, où la mythique poétesse de l’île grecque de Lesbos côtoie à la fois un Hamlet squelettique dans sa pose iconique et le poème Femmes damnées des Épaves/Fleurs du Mal de Baudelaire, cité par l’artiste : « Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies, et les urnes d'amour dont vos grands cœurs sont pleins ». Elle atteste de l’érudition éclectique de l’artiste, qui se trouve représenté et mis en abyme sous deux formes dans une autre œuvre : Félicien Rops dans son atelier, avec Diaboli Virtus en marge. Une marginalia tout à fait unique associant un autoportrait de l’artiste vu de dos avec son propre portrait gravé par Charles Baude d’après la célèbre toile du peintre français Paul Mathey en 1888, aujourd’hui conservée au château de Versailles.
À ce lot s’ajoute une sixième pièce : Planche aux religieuses, provenant de la collection Rops de la Demi-Lune. Cette planche d’essais a été gravée à quatre mains par Félicien Rops et son élève et ami, Armand Rassenfosse, à une époque où les deux artistes tentaient de redéfinir et de créer un nouveau vernis mou : le Ropsenfosse. Elle rejoint le premier état et le cuivre de gravure que le musée possédait déjà et témoigne, comme celles citées précédemment, du travail de l’infatigable graveur et expérimentateur que Rops a été durant sa carrière.
Thomas CLEEREBAUT - Conservateur adjoint, responsable des collections

